Edmond Kirazian
Dit Kiraz - Dessinateur
25/08/1923 _ 11/08/2020
Edmond Kiraz naît le 25 août 1923 au Caire.
Élève du collège des Frères des Écoles Chrétiennes, il s’initie à la peinture en s’exerçant à la copie d’une toile italienne du XVIIème siècle. La légende raconte que ce coup d’essai est unanimement reconnu comme un coup de maître. Un talent est né.
À 19 ans, son bac en poche, le jeune Edmond commence à travailler dans une banque, essentiellement pour faire plaisir à sa mère. Il tient 7 jours à peine. On raconte qu’il s’y ennuie tellement qu’il passe son temps à dessiner des croquis sur les bordereaux. Kiraz est alors passionné par le travail du dessinateur David Low, qui publie ses dessins en une du mythique Daily Mail. Il n’est pas interdit de penser que sa vocation de dessinateur de presse naît à ce moment précis, puisqu’il propose alors ses premiers dessins aux journaux du Caire, caricatures au vitriol dans lesquelles il règle leur compte à Hitler, Staline et quelques membres notoirement corrompus du gouvernement égyptien.
À la fin de la guerre, quand les armes se taisent enfin, le jeune Kiraz s’est déjà taillé une jolie petite réputation. Un temps, il poursuit son œuvre en Égypte, avant de se laisser emporter par son désir d’ailleurs. D’abord attiré par l’Amérique, il voit sa demande de visa rejetée. « Indésirable ». C’est donc finalement en France, à Paris, qu’il pose ses valises, un peu par hasard. Nous sommes en octobre 1946. Kiraz a 23 ans.
Une amie le loge quelques temps avenue Montaigne. Kiraz commence à flâner dans le quartier, se met à fréquenter les terrasses des cafés et des brasseries chics, s’imprégnant peu à peu des codes de cet art de vivre.
Rapidement à cours d’argent, il rentre quelques mois au Caire, mais revient tenter sa chance à Paris en 1948. Il ne tarde pas à vendre ses premiers dessins, brûlants d’actualité, au journal aujourd’hui disparu La Bataille. Kiraz occupe alors une chambre modeste dans un petit immeuble de la rue La Bruyère. Il fait de Montparnasse et de Saint-Germain-des-Prés son quartier, qu’il ne quittera plus.
En 1955, il trouve une place durable dans les colonnes d’Ici Paris, où il travaille un temps sur des bandes dessinées inspirées des comics américains, avant de créer son Carnet de Belles. À 32 ans, Kiraz se consacre désormais à La Femme, jeune, active, moderne, émancipée, inspirant l’air du temps à pleins poumons.
Arrivant d’autres cieux, il est touché par la grâce, l’effervescence de la vie parisienne, autant qu’il est fasciné par les silhouettes des jeunes filles qui déambulent devant ses yeux, alors qu’il déguste un café en terrasse en toute innocence.
« Quand ma feuille persiste à rester blanche, je descends dans la rue et retrouve mes gracieux modèles en même temps que l’inspiration. La rue est leur domaine. »
En 1959, Kiraz a 36 ans. Il fait la rencontre, déterminante, de Marcel Dassault. Homme de presse passionné, l’industriel connaît bien évidemment le Carnet de Belles de Kiraz. Il souhaite miser sur le talent de ce jeune dessinateur pour assurer le succès de son hebdomadaire Jours de France. Leur collaboration durera 30 longues années, pendant lesquelles Kiraz travaillera frénétiquement, et ne prendra fin qu’à la mort de l’industriel.
Au fil des années, les deux hommes noueront une relation mêlée de respect et d’admiration mutuelle. À en croire la légende, Marcel Dassault appréciait tant les dessins de Kiraz qu’il attendait en personne le coursier qui les lui apportait chaque semaine dans le vestibule du journal. Kiraz obtiendra même de l’industriel la possibilité de publier des dessins non plus seulement en noir et blanc, mais également en couleurs.
C’est pendant cette période intensément créative que les demoiselles de Kiraz deviennent Les Parisiennes.
Belles, élégantes, légères, mutines, boudeuses, chipies, insolentes, toujours à la pointe de la mode, pleines de charme et de répartie… ses « libellules » - comme il aime à les appeler - ne tardent pas à captiver le public. Au fil des ans, elles seront plus de 10 000, à la fois si semblables et si différentes, à trouver refuge entre les colonnes de Jours de France. Résolument modernes, légèrement délurées, revendiquant sans relâche leur liberté souveraine, elles resteront, à la faveur de leurs silhouettes et de leurs formules chocs, les héroïnes plus vraies que nature d’un éternel féminin triomphant.
En 1970, Les Parisiennes quittent la capitale et traversent l’Atlantique : profitant d’un long séjour aux États-Unis, Kiraz se démène pour que Hugh Hefner, le fondateur du magazine Playboy, voie ses dessins. Ses efforts sont payants : le sulfureux homme de presse tombe à son tour sous le charme des Parisiennes et les accueille dans les colonnes de son magazine, aux côtés de ses voluptueuses playmates.
Bientôt, Les Parisiennes deviennent des égéries de publicité. Renault, Perrier, Parker, Nivea, Monoprix, Scandale… se les arrachent. Mais celle qui marquera le plus durablement les esprits restera sans doute la campagne Canderel pour laquelle Frédéric Beigbeder plonge dans les archives de Kiraz et se fend de quelques accroches restées célèbres.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Vous n’avez jamais vu une fille qui prend du Canderel ? »
En mai 2008, fidèles à l’esprit de Paris qui les caractérise, les libellules de Kiraz s’invitent dans le plus parisien des musées et inscrivent ainsi leurs fameuses aventures dans l’histoire de la ville. L’exposition au musée Carnavalet permet aux parisiens de découvrir - ou de redécouvrir - Les Parisiennes dans leur ensemble et sous toutes les coutures. Gouaches originales, peintures inédites, dessins, reportages, croquis, photographies, coupures de presse, affiches publicitaires... près de 230 œuvres, documents et archives éclairent la première rétrospective de l’oeuvre de l’artiste. L’exposition enregistre jusqu’à 3 000 entrées certains jours, et se classée numéro 2 en termes d’affluence à La Nuit Des Musées 2008. Kiraz y rencontre des fans de tous âges, pour son plus grand bonheur.
